Entre affairisme et pouvoir médiatique
Arnaud Montebourg, député de Saône-et-Loire et porte-parole de Ségolène Royal, fait ici l’éloge de « Petits conseils », dernier ouvrage de Laurent Mauduit. Où celui-ci enquête et décortique le « système Minc », emblématique d’un « capitalisme de la connivence et de l’influence ».
C’est un ouvrage édifiant que vient de publier Laurent Mauduit. Édifiant en ce sens qu’il est a la fois particulièrement instructif et de nature a appeler ses lecteurs a la vertu, au courage, a la vigilance. Il s’agit d’une enquête sur le « système Minc » emblématique d’un certain capitalisme bien français : un capitalisme de la connivence et de l’influence jusqu’ici assez installé pour s’affranchir des règles de la transparence que pratiquent depuis longtemps déja les Anglo-Saxons. Outre la rigueur chirurgicale de l’enquête, la force de la démonstration est dans les liens qu’elle met a nu entre affairisme et pouvoir médiatique. Car s’est bel et bien constituée en France une oligarchie particulière faite de financiers, de dirigeants d’entreprises et de partis, de cadres de l’État et des médias ; Alain Minc en est en quelque sorte l’enseigne la plus visible.
L’entreprise AM Conseil reprenant les initiales de son propriétaire-fondateur est pourtant minuscule. Mais elle s’est fait connaître sur la place de Paris pour ses interventions, souvent malheureuses, dans des opérations de fusions, de rachats et d’OPA hostiles. Les succès dans le business dépendent beaucoup de l’audience sur la scène intellectuelle et politique. On sait combien Alain Minc l’a investie avec talent, se posant comme « le passeur » entre le monde des affaires, celui de la presse, des idées et des élites politiques. Auteur d’un livre a succès par an et de rapports en tout genre, il sera le trésorier indispensable de la Fondation Saint-Simon dès sa création en 1982. Tant pis si ses expertises sont régulièrement démenties : sur la finlandisation de l’Europe un an avant la chute du mur de Berlin, la mondialisation heureuse, l’infaisabilité du TGV, la préférence pour le Minitel ou pour le CPE. Comme il l’avoue lui-même : « Je fais dans la superficialité profonde. » Et cela plaît dans des secteurs allant de la droite a la gauche pour peu que l’on y soit a la charnière entre économie et pouvoir.
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Toutes ces opérations sont donc le symptôme d’un mal très profond et très français : tous les grands journaux sont passés sous le contrôle de groupes industriels dont la presse n'est pas le métier. C’est ainsi que de Martin Bouygues a Arnaud Lagardère en passant par Serge Dassault, un « cercle de la raison » s’autodélimite pour mieux produire une « pensée unique ». Que tous ces patrons soient par ailleurs les amis, les intimes et même les « frères » de Nicolas Sarkozy n’est évidemment pas un hasard. Et c’est un vrai chantier qu’ouvre le travail de Laurent Mauduit : celui de la reconstruction du pluralisme et de l’indépendance de la presse dans une République où pourrait s’épanouir un vrai service public généraliste de l’information d’où serait exclu le conflit d’intérêts. Ce vaste chantier est celui d’une réinvention de la démocratie.
Retrouvez la version intégrale du texte d'Arnaud Montebourg dans la revue Médias n°13
L'ouvrage "Petits conseils" de Laurent Mauduit a été publié aux éditions Stock, 2007.














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