Frédéric Viard et la liberté de commenter
Photo : AFP
Frédéric Viard est entré chez Canal+ en 1998, après avoir fait ses classes a l’IPJ (Institut pratique du journalisme) et sur Eurosport, « quand personne ne regardait encore la chaîne ». Aujourd’hui, il commente le rugby et le tennis parmi les 140 têtes sportives de la rédaction de la chaîne câblée. C’est sa voix que vous entendrez pendant la coupe du monde de rugby.
Propos recueillis par Clothilde Le Coz
Le commentaire est-il dicté par l’image ?
Il est vrai que nous avons moins de liberté a la télévision qu’a la radio car il faut la suivre au risque de devenir incohérent. A la radio, on peut tout imager car l’image n’est pas imposée. Du coup, on peut s’intéresser au public et faire part de l’ambiance du stade sans avoir de plan sur les supporters.
En plus, la télévision demande tout de suite beaucoup plus de moyens… caméra, prise de son, camion satellite pour le direct etc. Le commentateur est au service du match et donc de l’image qu’il a sous les yeux. Je joue a côté de joueurs, je vis et j’accompagne le match. Je dois être présent pour indiquer ce qui se passe au téléspectateur.
Le plus dur dans le commentaire c’est que l’on n’a pas de retour sur ce que l’on fait. On peut être content de soi mais on ne sait pas si c’était bien, si ça a plu.
Quelle est la spécificité du commentaire sportif ?
C’est du commentaire et non de l’investigation. Ce qui ne veut pas dire que ça n’en demande pas. Commenter un match, c’est minimum 3 h de préparation. Pour chaque match, je prépare une fiche sur laquelle je note tout ce qui concerne les équipes, les joueurs, les entraîneurs etc. je me sers d’environ 10% de ce que je note mais c’est primordial car, s’il se passe quelque chose, il faut que je sache a quoi cela correspond. J’ai toujours a l’esprit l’anecdote d’un de mes professeurs a l’IPJ, Thierry Gilardy, qui avait préparé un topo sur les attentats de l’IRA dans les stades car il devait commenter un match de rugby en Irlande ! Il faut être au courant de tout mais pas de n’importe quoi. La précision est importante mais l’erreur est pardonnable. Dans un match où deux équipes s’affrontent, je prononce entre 300 et 400 noms en une heure et demie alors si je me trompe, ce n’est pas dramatique. L’important c’est de savoir faire vivre le match a celui qui le regarde, ce qui est beaucoup plus difficile quand on connaît le résultat bien sûr. Il nous arrive de commenter des matches en différé et c’est un exercice délicat qui est donné aux plus jeunes… paradoxalement.
L’argent porte-t-il préjudice au sport?
Je ne pense pas que l’argent dégrade l’image du sport. Dans le football par exemple, je ne considère pas que les salaires de joueurs soient démesurés. Les clubs peuvent le faire, c’est donc faisable. Le foot est avant tout un spectacle et donc un business ; et puis un sport « riche » montre a quel point il est populaire.
Par contre, les connivences existent. La presse sportive est tellement impliquée dans le sport qu’on veut protéger les événements. On voit des performances de plus en plus spectaculaires, qui peuvent susciter des doutes. Nous sommes obligés de pratiquer une once d’autocensure si nous voulons garder notre job. Difficile de prononcer le mot « dopage ». Mais même si ces performances peuvent nous paraître douteuses, ça ne veut pas dire qu’elles le sont ni que l’on ne peut plus s’émerveiller devant une prouesse. Et après tout, c’est cela mon métier : donner a voir. Je suis une sorte de passeur…














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