Je balance mon portable
Les pieds dans l’eau au bord de la piscine. J’y vais ou j’y vais pas ? Pas dans l’eau. D’abord, elle est un peu frisquette – je vais finir par regretter la canicule, tant pis pour les morts… Non, acheter le journal ou rester ici. J’ai un peu honte. Si je me laisse aller, je vais finir comme Jack. Un coup dans l’eau, un coup au soleil. Une vie de batracien. C’est vrai, vous ne pouvez pas comprendre : Jack, c’est le nom de la grenouille qui nage avec moi, tous les jours, ici dans la piscine. Au fait, pourquoi Jack ? C’est une idée de Théophile, mon grand garçon. Il connaît Jack Nicholson, Théophile ? Il a vu le premier Batman, c’est vrai. Ah non, ça doit venir de Jack L’Eventreur ! A force de parler de notre voisine qui a estourbi trois ou quatre de ses maris, ça a dû lui donner des idées a Théophile.
Je m’égare. Aller j’y vais. Je m’arrache et je prends la voiture. Direction Poilhes (ça se prononce pas « poil » mais « poïeuuuu »). Virilio ! Sauvée par Virilio ! Vous savez cet urbaniste, sociologue, philosophe, spécialiste des questions stratégiques, des médias et j’en passe (j’ai lu des interviews de lui, ses livres, c’est plus dur…). Que vient faire Virilio au bord de la piscine ? Justement ! Ecoutez un peu ça : « Il faut ralentir l’allure. Il faut s’opposer a la dictature de l’immédiateté. En ce qui me concerne, j’ai commencé la décontamination. Je n’ai plus ni télévision, ni fax, ni ordinateur, ni Internet. Il ne me reste que le téléphone. Il faut réduire son encerclement médiatique. »
Génial ce Virilio ! Vous me voyez moi : les pieds dans l’eau, bronzée, en maillot deux pièces, je fais de la résistance ! Je serais même a l’avant-garde. Une femme moderne. Enfin, côté médias. Pour le reste, entre mes enfants qui me tyrannisent et mon lézard de mari… Allez, je balance mon portable et je pique une tête.
Marie Dranem.














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