La CIA rend publics ses « bijoux de famille »
Par Infomedia, le 4/07/2007
On connaissait depuis longtemps la Central Intelligence Agency - CIA - pour ses innombrables coups tordus à l’extérieur des États-Unis et en particulier en Amérique latine sous la guerre froide. La communauté américaine du renseignement a signé ses pires faits d’arme sur le sous-continent avec plus ou moins de succès. Coup d’État au Chili, appui aux dictatures du Plan Condor d’Amérique du Sud, débarquement raté à Cuba dans la Baie des Cochons et multiples tentatives d’assassinat de Fidel Castro. La CIA, selon ses statuts, n’a pas le droit d’opérer dans les cinquante États de l’Union, laissant au Federal Bureau of Investigation - FBI - le soin d’espionner et de contre-espionner sur le sol américain. Seulement voilà . Entre les statuts et la pratique, il y a au moins une marge de 693 pages que la Centrale de Virginie vient de déclassifier au mois de juin dernier. En réalité, le public se doutait déjà l’existence de cette somme depuis que Seymour Hersh avait révélé, dans les colonnes du New York Times, les pratiques d’espionnage interne de la CIA contre les militants pacifistes. L’article en question datait du 22 décembre 1974.
Près de trente-quatre ans plus tard, cette anthologie des basses œuvres au doux surnom de « bijoux de famille » a été portée à la connaissance du tout venant. Sa version intégrale n’a pas tardé à circuler sur Internet. Au milieu des années 70, la CIA a listé, espionné et saboté la réputation d’une dizaine de milliers de citoyens, connus pour leur engagement politique contre la guerre du Viet-nam ou en faveur des droits civiques, ou en qualité de journalistes. En plein scandale du Watergate, la rédaction du Washington Post n’a évidemment pas échappé à cette vigilance et les archives nous apprennent que deux anciens officiers de la Centrale, Howard Hunt et James McCord, ont bénéficié du soutien direct de la « maison » pour mener à bien leurs travaux de plomberie au siège du Parti démocrate de Washington. La famille est toujours la famille.
Non contente de filer les journalistes, la Centrale a également tenté de compromettre des publications. En 1972, William Colby, alors patron de l’espionnage, n’a pas hésité à soumettre un article au supplément Parade, du Sunday newspaper. Le courrier du lecteur s’intitulait : « Les lesbiennes devraient-elles avoir le droit de jouer au football en ligue professionnelle ? » Du meilleur goût.
Ces farces et attrapes ont certes fuité dans la presse, bien avant d’être produites in extenso et, dès la présidence de Jimmy Carter (1976-1980), la Centrale a dû revoir, sinon ses méthodes, au moins ses objectifs. Mais l’histoire a malheureusement bégayé après le 11 septembre 2001. En décembre 2005, le New York Times a révélé comment l’administration de George W Bush avait autorisé, à la suite des attentats, certains services de la CIA à placer sur écoutes plusieurs milliers de citoyens américains - dont des journalistes et des médias - voire à collecter des échanges de courriels, et tout cela sans mandat judiciaire. Devant l’ampleur du scandale, la commission des Affaires judiciaires du Sénat a sommé, le 27 juin dernier, la Maison Blanche de lui remettre tous les documents relatifs à cette affaire. Avec un peu de chances, il faudra un peu moins de trente-quatre ans pour découvrir cet autre lot de « bijoux de famille ».
Benoît Hervieu


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