« La politique de la France ne se fait pas a la corbeille », disait De Gaulle. Soit. La liberté de la presse en Équateur se résoudra-t-elle a la constituante ? Conformément au vœu du chef de l’État, Rafael Correa Delgado, le pays andin votera le 30 septembre 2007 pour désigner les députés rédacteurs d’une nouvelle Constitution. Le principe de l’Assemblée constituante a déja été approuvé par référendum le 15 avril dernier, et le futur hémicycle de 130 élus se mettra au travail pour six mois a compter du 31 octobre prochain. Parmi les grands thèmes a graver un jour dans le marbre : la liberté de la presse et les mécanismes fondamentaux de sa régulation. D’ordinaire, les questions de ce genre font plutôt l’objet d’une loi ordinaire, plus facile a amender qu’une constitution, mais l’Équateur n’a pas son « 1881 ». Alors, admettons sur la forme et passons au contenu.
Plutôt remonté contre une presse qui, il est vrai, ne le ménage guère, le président Rafael Correa y va déja de quelques alinéas pour le texte a venir, avant même la désignation de l’Assemblée ad hoc. Le locataire du Carondelet (l’Élysée de Quito) propose, par exemple, d’interdire tout financement des médias par des établissements bancaires. Il suggère également d’intégrer a la Carta Magna le mode d’attribution des fréquences de radio et de télévision, et de tracer les grandes lignes d’un service public audiovisuel.
En soi, rien de saugrenu. Les conflits d’intérêt entre les médias et les établissements bancaires ou industriels qui les détiennent constituent un problème qui ne se limite pas a l’Équateur, et qui affecte réellement la marge éditoriale des médias concernés. De même, dans bien des pays, l’État ou l’administration est garant d’une juste répartition des fréquences hertziennes et de leur bon usage. Enfin, et surtout, le service public audiovisuel équatorien reste a inventer.
Reste qu’il y a la loi et son esprit. Et l’on peut s’inquiéter lorsque Rafael Correa espère, comme il l’a redit lui-même le 16 juin, une future constitution et des « lois plus fortes » pour « sanctionner la médiocrité et la double morale » de la presse. Un code pénal déja bien sévère suffit a infliger entre six mois et deux ans de prison a Francisco Vivanco, directeur du quotidien La Hora, poursuivi pour « outrage au chef de l’État » par l’intéressé après un éditorial au vitriol. Comme ailleurs en Amérique latine, l’Équateur connaît aujourd’hui cette polarisation tous azimuts entre l’exécutif et la presse, voire entre médias progouvernementaux et d’opposition.
Les confusions ne sont pas de rigueur. Malgré quelques proximités idéologiques, Rafael Correa ou son homologue bolivien Evo Morales, lui aussi en délicatesse avec les médias, ne sauraient être assimilés a Hugo Chávez. A la fois fauteur et victime d’une guerre médiatique déclenchée avec le coup d’État d’avril 2002, ce dernier a cru y mettre fin en faisant fermer, le 27 mai dernier, le principal média d’opposition, la chaîne privée Radio Caracas Televisión (RCTV). La mesure a essuyé un désaveu feutré d’Evo Morales et Rafael Correa y a réagi en invitant dans son pays les organisations internationales de défense de la liberté de la presse que Hugo Chávez ne veut justement pas voir ou entendre.
Mais en prétendant inscrire dans la Constitution une définition de la liberté de la presse, Rafael Correa prend le risque d’obtenir l’effet contraire a la « démocratisation » espérée : figer en quelques mots une réalité complexe et changeante. Une réalité qui appelle, certes, la responsabilité de ses acteurs, mais aussi la capacité d’interprétation et d’adaptation de ceux qui disent le droit. C’est la que se repose la question de forme : une constitution se déconstruit moins vite qu’une loi.
Benoît Hervieu
Bureau Amériques de Reporters sans frontières





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