21/09/2006
""Le premier pouvoir" est remercié"
Pendant deux ans, Elisabeth Lévy a produit et animé l’émission « Le Premier Pouvoir » sur France Culture. On y entendait parfois Jean Baudrillard, Régis Debray ou Peter Sloterdjik. On s’y écharpait souvent sur les relations entre médias et pouvoir. On s’y trouvait toujours loin du prêt-� -penser et des éditos minute. Que s’est-il passé pour que ce programme soit si vite rayé de la grille, au point que Milan Kundera lui-même sorte de son silence pour déclarer sur les ondes : « On ne peut pas critiquer les médias dans les médias, surtout quand on fait une critique libre et courageuse » ? Eléments de réponse avec la première concernée.
Entretien réalisé par Olivier Bouchara
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Cela revient, périodiquement, comme une rengaine inusable. Chaque fois qu’un journal est en péril pour n’avoir plus assez de lecteurs, mille voix s’unissent pour appeler les pouvoirs publics à voler au secours du malade au nom d’un sacro-saint pluralisme de la presse. Nous sommes naturellement les premiers à nous alarmer du déclin de la presse quotidienne, souvent analysé dans nos pages. Mais, disons-le tout net, nous ne croyons pas que le défaut de pluralisme soit la cause de son mal, et encore moins que l’intervention de l’Etat en soit le remède.
C’est pourtant l’avis du Conseil économique et social qui a publié l’an dernier un rapport recommandant la création d’une invraisemblable usine à gaz étatique pour résoudre les problèmes de la presse d’information générale par la promotion du pluralisme. Il faut d’abord et naturellement une nouvelle loi sur la presse. Comme s’il n’y en avait pas déjà trop ! Il faut ensuite mettre en place une nouvelle « Haute Autorité » de régulation de la presse qui coordonnera les actions publiques et privées en faveur du pluralisme et de la création de nouveaux titres. Autrement dit, le contribuable doit payer pour que paraissent des journaux que trop peu de gens ont envie de lire.
Notre désaccord avec le Conseil provient d’une confusion entre pluralisme de l’information et pluralisme des entreprises de presse. Nous pensons que pour le public, c’est le premier qui compte. Or il faut reconnaître que la presse française d’information générale, écrite aussi bien qu’audiovisuelle, malgré ses travers et ses insuffisances, produit dans son ensemble une information raisonnablement pluraliste. Le professionnalisme des journalistes des principaux médias d’information générale, quels qu’en soient les propriétaires, assure habituellement à leurs usagers une honnête variété de points de vue sur les événements de France et du monde. Avec les nouvelles technologies de l’information, le pluralisme des idées, bonnes ou mauvaises, est moins en péril que jamais. L’interactivité des journaux en ligne, les forums de discussion, les blogs, permettent à tous ceux qui croient avoir quelque chose à dire à leurs contemporains de devenir leurs propres éditeurs.
Si la presse quotidienne d’information est en déclin, ce n’est donc pas par défaut de pluralisme. C’est parce que les Français ne sont pas suffisamment attirés par l’information et les journaux qui la leur proposent. Un peu d’info radio entre deux chansons, un peu de « 20 heures » télé entre deux sitcoms, ça leur suffit. Ils lisent beaucoup de « canards » pourtant. Ils font exploser les chiffres de la presse de divertissement, des hebdos de télé, des magazines people et des sous-produits imprimés de la télé-irréalité. Ceux-là n’ont pas besoin de l’aide de l’Etat pour pluraliser leurs titres. Pourquoi le Conseil économique et social n’a-t-il pas pensé à une loi sur la lecture de la presse d’information ? Avec des sanctions pour ceux qui ne liront pas assez les quotidiens généralistes !
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