14/03/2006
"Autoflagellation expiatoire"
De l’or pour récompenser les croyants qui tueront le premier Danois venu. Des lingots supplémentaires si c’est l’un des dessinateurs sataniques qui est mis à mort. Nous en sommes là . La colère musulmane, savamment orchestrée par des régimes trop heureux de la détourner à leur profit, a déjà fait en Libye, au Nigéria et en Afghanistan, des dizaines de victimes. Pour quelques caricatures. A une médiocre polémique locale, on réplique, de façon planétaire, en portant partout où c’est possible l’intimidation et ce qu’il faut bien appeler le chantage.
Chez nous, certaines réactions laissent perplexe. Ou, pour le dire mieux, certaines absences de réponses à la violence de la plupart des réactions arabes. On fait le gros dos, comme si on ne savait quelle attitude adopter. On attend que ça passe. Mais, bien sûr, ça ne passe pas tout seul puisque tout, au contraire, est mis en œuvre pour entretenir la flamme vengeresse et culpabiliser des Occidentaux si peu assurés d’euxmêmes et de leurs valeurs. La mauvaise conscience prend, comme on l’y presse, la faute à sa charge. Elle se bat la coulpe, regrette « la provocation inutile », produit de son « arrogance » et de son « narcissisme » bien connus. Elle conjure l’« islamophobie », néologisme aberrant qui mélange, comme la carpe avec le lapin, une théologic et une pathologie, puisque la phobic n’est jamais qu’une « peur maladive », autrement dit le contraire d’une conviction.
L’embarras muet, l’autoflagellation expiatoire transforment, c’est là le but éternellement poursuivi, l’intolérance et ses gardiens en victimes, tandis que la liberté de conscience et d’expression, conquête universelle des Lumières, apparaît comme un luxe de nantis qui choquerait à juste titre la vraie foi et ses zélateurs...
On voit poindre là une liberté de presse à géométrie variable, grande pour à peu près tout ce qui ne dérange personne? ; petite pour les religions qui l’exigent. Cela s’appelle une régression et nous y souscrivons d’autant moins que nous croyons avec Chateaubriand (qui n’était ni un impie, ni un boutefeu) que la liberté de la presse est celle qui contient toutes les autres. Et puis, comme dit le Coran (VIII, 30)? : « En matière de moquerie, Dieu est insurpassable. »
Médias
Publié dans Numéro 08| Lien permanent| Commentaires (0)| TrackBacks (0)









