Technitrax
La culture est-elle un bien comme les autres? L'acquisition du magazine Trax par la rédaction de Technikart prouve que la question n'est pas tant celle-ci que "la culture se vend-t-elle encore?"
A l'ère du tout gratuit, des magazines comme ces deux-la se sont faits sans moyen, a la force du répondant et du répondeur. Benoît Carretier, l'ex-rédacteur en chef adjoint de Trax, affirme que "l'argent est aujourd'hui dans les soirées" que les magazines peuvent organiser. En matière de musique électronique, le CD que l'on vend avec le magazine est une "carte de visite". C'est pour cela qu'ils sont indissociables.
"Aujourd'hui, l'industrie du disque est très atomisée. Quand on fait un disque, on peut créer un label" continue Benoît Carretier. Quand ils existent, les magazines qui s'intéressent a la musique electronique sont des agrégateurs de ce qui est disponible sur le marché. Les consommateurs écoutent de la musique mais ne l'achètent plus. Les ventes physiques de disques ont chuté de 25% alors que les ventes numériques de disques de 2,3% seulement au premier trimestre 2007. Sachant que dans Trax, un CD d'une heure, c'est 10 000 euros de droits reversés a la SACEM et qu'une page de publicité vaut environ 1200 euros... faites le calcul du bénéfice qu'un tel magazine peut dégager. "Cela fait seulement deux ans que Trax ne perd plus d'argent (et dix ans qu'il existe ndlr)... mais attention, il n'en gagne pas non plus". Alors pourquoi le racheter?
La société éditirice du titre, Cyber Press Publishing, a été liquidée en juin. Et quand est venu le temps des offres de rachat ce vendredi 13 juillet, chaque titre a été vendu aux enchères. MédiaObs et Technikart (Le Pôle Média Urbain) ont acquis Trax. Il ont même failli racheter la version française du magazine américain Rolling Stone pour 500 euros, mais les Américains ont refusé.
Trax, c'est avant tout "une marque" comme le dit Fabrice de Rohan Chabot, le directeur de la publication de Technikart. Comme Freeway. Comme Technikart. Et ce dernier l'a rachetée pour 51 000 euros. "Ravis de savoir que notre travail de dix ans vaut cette somme" a confié Benoît Carretier, légèrement amer... "Trax avait déposé le bilan" comme le souligne Fabrice de Rohan Chabot, "il est donc légitime que l'on veuille l'acquérir puisque nous voulons nous développer (...) la musique électronique est un créneau sur lequel nous ne sommes pas très présents (...). Les deux magazines sont complémentaires plus que concurrents". Technikart met son indépendance sur la scène. "Créé en 1995 par un groupe d'artistes indépendants, Technikart était un bimestriel gratuit d’art contemporain" ; de magazine gratuit pour se faire connaître, il est devenu payant et ses dix numéros se sont vendus a 41 941 exemplaires chacun en 2006. Il a géré le virage entre marketing et vrai projet de presse sans trouver de réel concurrent.
Le nouveau numéro de Trax, fait par sa nouvelle équipe, sort le 21 septembre prochain. L'ex équipe de Trax refonde un magazine a sortir courant octobre. Un concurrent? "Tant mieux" pour Technitrax.
Clothilde Le Coz














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